LE WORT DU RABBIN MILEWSKI DE ROCH HACHANA

Mes chers amis,

En cette veille de l’année 5775, je formule à votre adresse tous mes vœux de douceur et de plénitude. Que cette année puisse mettre fin aux trop nombreuses souffrances de ce monde et que la quiétude emplisse les cœurs. Chana tova lekoulam !

Roch Hachana signifie littéralement tête de l’année et non début d’année. Or, quatre des cinq sens sont présents sur le visage : l’ouïe, l’odorat, le regard et le goût. Autrement dit, à Roch Hachana, le juif doit entendre, voir, sentir et goûter. Il doit entendre les sonneries du chofar et les mots de la prière parvenir jusqu’à son âme, il doit voir ce qui dans sa vie nécessite réparation, amélioration, rédemption (le verset dit : « le sage, ses yeux sont dans sa tête, berocho »), il doit sentir son aspiration religieuse et spirituelle souvent silencieuse et discrète, il doit goûter à la vie qui dépasse la vie physiologique et biologique (comme le dit le verset des Psaumes : « Goûtez et voyez que D.ieu est le bien »).

Le cinquième sens, le toucher, qui représente la vie pratique, interviendra à la fin de Roch Hachana, quand il s’agira de concrétiser dans la quotidienneté tous les engagements de Roch Hachana.

La transition des quatre sens du visage au toucher est fondamentale car si on ne prolonge pas Roch Hachana tout au long de l’année par l’attachement aux commandements de la Torah, alors on en fait une tête déconnectée du corps…

Chana tova pour tous !

Rabbin J. Milewski

LE WORT DU RABBIN MILEWSKI : PARACHAT NITSAVIM VAYELEKH

Mes très chers amis,

Dans le traité talmudique Baba Metsia (105a), les Maîtres parlent d’olives méchantes, de raisins méchants (rich’é zétim, rich’é ‘anavim). Rachi explique que le Talmud évoque des olives et des raisins dont la maturité ne sera jamais atteinte. Ce sont des fruits qui restent verts, des fruits qui n’évoluent pas, qui ne se bonifient pas. Ils s’arrêtent au milieu du processus et restent comme ils sont. « L’olive méchante » ne produit pas d’huile, « le raisin méchant » ne donne pas de vin.

Si le racha’, le méchant s’oppose au tsadik, à l’homme juste, on entend que le tsadik est l’homme qui avance, qui se développe, qui aspire à parvenir à maturité, le tsadik est celui qui veut changer en mieux, produire de l’huile et du vin de qualité, s’élever dans la Torah, travailler sa personne pour la rendre plus humaine ; il est celui qui ne se satisfait pas des mitsvot qu’il accomplies et qui veut progresser dans sa connaissance de la Torah.

En récitant le kidouch en ce dernier chabbat de l’année 5774 – où chacun est appelé à observer le chabbat pour en faire un chabbat digne de ce nom -, nous penserons à ces raisins devenus murs, à ce vin contenu dans la coupe, à ce fruit que l’on intègre à notre personne par sa consommation, à ces raisins qui nous invitent à nous engager davantage dans la voie de la Torah et du travail sur soi.

Chabbat chalom à tous !

Rabbin Jacky Milewski

LE WORT DU RABBIN MILEWSKI : PARACHAT KI TAVO

Chers amis,

Nous lisons au traité Bata Métsia (107b) : Rav est monté au cimetière… et déclara : « Quatre-vingt-dix neuf sont morts du mauvais œil et un seul par les lois de la nature ». Qu’est-ce que le mauvais œil ? Les explications renvoyant à des regards mauvais qui possèderaient de maléfiques influences ne nous ont jamais satisfaites. N’importe qui pour n’importe quelle raison pourrait ainsi porter atteinte à autrui… C’est pourquoi il faut privilégier une lecture morale de ce concept. Le mauvais œil, c’est tout simplement le regard envieux, méchant, amer, lancé sur autrui. Et s’il fait du mal, c’est surtout à celui qui le lance.

Des gens se font souffrir, se meurent, à cause de l’amertume qui les anime, à cause du malaise qu’ils ressentent à voir des gens heureux ou qui le semblent autour d’eux (ce sont les 99% auxquels Rav fait référence). Il y a des gens qui se rendent malades parce qu’ils sont envieux.

Quand dans la prière du matin, selon le rite polonais, on demande à D.ieu de nous délivrer « de l’œil mauvais », notre intention est de demander au Créateur de nous aider à poser un regard bon et positif autour de nous.

Chabbat chalom à tous !

Rabbin Jacky MILEWSKI

LE WORT DU RABBIN MILEWSKI : PARACHAT KI TETSE

Mes chers amis,

« Tu n’auras pas dans ta bourse deux poids inégaux, un grand et un petit ; tu ne possèderas pas dans ta maison deux mesures inégales, une grande et une petite » (Deut 25, 13 et 14). La Torah défend ici de posséder des poids et des mesures inégales, inexactes. L’honnêteté est une vertu cardinale ordonnée par le texte biblique. La balance doit peser de façon juste et exacte.

Le Talmud (Baba Batra 109a) interprète ces deux versets ainsi : « Tu n’auras rien dans ta bourse (tu seras pauvre) car tu auras possédé deux poids inégaux, tu ne possèderas rien dans ta maison (tu seras démuni) car tu auras détenu deux mesures inégales ». La Guemara enseigne ici que le vol et l’escroquerie ne sauraient restés impunis. « Ta bourse sera vide, ta maison aussi, toi qui as abusé la confiance de tes prochains ». Mais attention, les Maîtres ne sont pas naïfs ; ils savent bien que des hommes peu scrupuleux ont été riches et aisés jusqu’au dernier jour de leur vie. En deuxième lecture, nous comprenons alors : « tu ne possèderas rien dans ta bourse, ni dans ta maison car tu auras possédé des mesures inégales », c’est-à-dire : ta bourse sera peut être pleine et ta maison aussi, mais rien de ce qui s’y trouvera ne t’appartiendra. Tu seras chez toi mais tu ne seras le propriétaire de rien, tu seras tel un étranger dans sa propre maison ». La Torah veut éveiller l’esprit de celui qui serait tenté de posséder des poids inégaux et lui faire comprendre que rien ne vaut la satisfaction de posséder ce que l’on mérite et ce pour quoi on a produit un effort.

Il y encore autre chose : soit une maison qui possède deux mesures, deux étalons, deux références, deux systèmes de pensée, une maison où la Torah est placée sur le même pied que d’autres valeurs ou mentalités, donc une maison qui fonctionne (ou qui dysfonctionne) avec incohérence et manque d’harmonie, au final, cette maison n’abritera que du vide. « C’est une mesure parfaite et juste que tu possèderas » conclut le verset ; si ta maison est emplie de plénitude (cheléma) et de justice (tsédek), alors ta maison sera emplie de bénédictions.

Chabbat chalom à tous!

Rabbin Jacky MILEWSKI

LE WORT DU RABBIN MILEWSKI : PARACHAT CHOFTIM

Chers amis,

Un couple demanda un jour au grand Maître, le ‘Hafets ‘Haïm, à partir de quel âge ils devaient commencer à éduquer leur enfant déjà âgé de quatre ans. Le Maître leur répondit : « Vous avez cinq années de retard ! ». Autrement dit, explique le Rav Stern (Sifté Yehouda p. 198) duquel nous empruntons la trame de cet enseignement, l’éducation d’un enfant commence avant même qu’il ne soit conçu, elle commence quand les parents comprennent qu’ils doivent eux-mêmes travailler leur personnalité. Le Rav Stern en veut pour preuve un  verset de notre paracha qui compare l’homme à un arbre des champs (Deut 20, 19).

Si l’agriculteur souhaite voir son arbre donner des beaux fruits, il doit travailler la terre et la sarcler avant de planter l’arbre de sorte que sa graine puisse s’implanter correctement dans le sol. Ensuite, il prendra soin de l’arbre lui-même. Mais si le tronc est abimé depuis l’origine, tous ses efforts en faveur de l’arbre seront vains. Ainsi en est-il des hommes qui travaillent la terre (leur caractère) dont ils sont faits afin de pouvoir servir d’exemple et de donner au monde de beaux et succulents fruits.

Chabbat chalom à tous !

Rabbin Jacky Milewski

LE WORT DU RABBIN MILEWSKI : PARACHAT DEVARIM

Chers amis,

C’est dans un redoutable tumulte médiatique fondé sur des images complètement décontextualisées et lancées à la pâture,  et sur des mots à qui on a enlevé tout leur poids, que nous inaugurons ce chabbat le cinquième livre de la Torah, le livre de Devarim, le livre des paroles, le livre du langage, donc le livre de la communication.

En ces moments difficiles pour le peuple d’Israël, il convient d’ajouter à ses prières quotidiennes la récitation de Psaumes. S’ils ne peuvent être dits en hébreu, des livres en phonétique existent ; et si on n’en a pas à sa disposition, D.ieu comprend toutes les langues. C’est une antique tradition chez les juifs que de prier, de prier à tout moment, quand tout va bien et quand ça le va moins.

Pour revenir à la problématique de ce langage subversif, citons une fois n’est pas coutume Walter Benjamin qui réfléchit sur l’épisode biblique où Adam nomme les animaux dans le jardin d’Eden : « La dénomination adamique est si loin d’être un jeu ou une opération arbitraire que c’est elle précisément qui définit comme tel l’état paradisiaque, où il n’est pas besoin de se battre avec la valeur de communication des mots » (Œuvres I, p. 26 en note). Effectivement,  le verset dit : « tout ce qu’Adam nommait, l’âme de vie, c’est son nom » (Gen 2, 19) ; autrement dit, Adam a nommé les choses telles qu’elles étaient, sans écart ni décalage, dans l’objectivité et la précision. « Ce qu’il a nommé, c’était cela le nom que l’animal portait en lui ! ». Sortir de l’Eden, c’est ne plus nommer les choses en tant que ce qu’elles sont. Le traitement des médias – qui sont un élément essentiel d’incitation à la haine et à la violence -  nous rappellent, si nécessaire, que nous sommes loin, très loin, si loin, du jardin d’Eden où le langage exprimait une réalité.  Il est temps que le monde ouvre le livre des Paroles.

Chabbat chalom!

Rabbin J MILEWSKI

LE WORT DU RABBIN MILEWSKI : PARACHAT MASS’EY

Chers amis,

Imaginons un particulier qui vend un litre d’huile à son voisin. Il dispose d’un verre gradué jusqu’à deux litres. Il remplit donc ce récipient  jusqu’à la hauteur  indiquant un litre. Puis, il verse l’huile dans un récipient qui  appartient à son voisin. Quand l’huile a été transvasée et que le jet s’est arrêté, notre particulier doit encore attendre que trois gouttes d’huile tombent, sans quoi ce n’est pas un litre qu’il aura vendu mais un litre moins trois gouttes, gouttes qui seraient restées collées aux parois du verre gradué. La Michna de Baba Batra (87a) qui rapporte cette modalité ajoute que la loi est différente pour un marchand professionnel qui est dispensé d’attendre que les trois gouttes d’huile tombent. En effet, celui-ci est bien occupé à servir les clients et il ne dispose pas de fait du temps nécessaire à attendre patiemment que tombent les trois dernières gouttes. Ceci fait,  dès lors,  partie des conditions même de la vente ; les acheteurs le savent, l’acceptent, l’entérinent, renoncent aux trois gouttes de jure et de facto.

La droiture que la halakha porte en elle est littéralement édifiante. Il importe de réfléchir sur ces trois gouttes qui apparaitront certainement à plus d’un comme insignifiantes, totalement négligeables, sans la moindre importance. Oui mais voilà, pour le judaïsme, un litre d’huile c’est un litre et non un litre moins trois gouttes. D’où la décision halakhique qui en découle.

Chabbat chalom à tous!

Rabbin J. Milewski