LE WORT DU RABBIN MILEWSKI : PARACHAT CHOFTIM

Chers amis,

Un couple demanda un jour au grand Maître, le ‘Hafets ‘Haïm, à partir de quel âge ils devaient commencer à éduquer leur enfant déjà âgé de quatre ans. Le Maître leur répondit : « Vous avez cinq années de retard ! ». Autrement dit, explique le Rav Stern (Sifté Yehouda p. 198) duquel nous empruntons la trame de cet enseignement, l’éducation d’un enfant commence avant même qu’il ne soit conçu, elle commence quand les parents comprennent qu’ils doivent eux-mêmes travailler leur personnalité. Le Rav Stern en veut pour preuve un  verset de notre paracha qui compare l’homme à un arbre des champs (Deut 20, 19).

Si l’agriculteur souhaite voir son arbre donner des beaux fruits, il doit travailler la terre et la sarcler avant de planter l’arbre de sorte que sa graine puisse s’implanter correctement dans le sol. Ensuite, il prendra soin de l’arbre lui-même. Mais si le tronc est abimé depuis l’origine, tous ses efforts en faveur de l’arbre seront vains. Ainsi en est-il des hommes qui travaillent la terre (leur caractère) dont ils sont faits afin de pouvoir servir d’exemple et de donner au monde de beaux et succulents fruits.

Chabbat chalom à tous !

Rabbin Jacky Milewski

LE WORT DU RABBIN MILEWSKI : PARACHAT DEVARIM

Chers amis,

C’est dans un redoutable tumulte médiatique fondé sur des images complètement décontextualisées et lancées à la pâture,  et sur des mots à qui on a enlevé tout leur poids, que nous inaugurons ce chabbat le cinquième livre de la Torah, le livre de Devarim, le livre des paroles, le livre du langage, donc le livre de la communication.

En ces moments difficiles pour le peuple d’Israël, il convient d’ajouter à ses prières quotidiennes la récitation de Psaumes. S’ils ne peuvent être dits en hébreu, des livres en phonétique existent ; et si on n’en a pas à sa disposition, D.ieu comprend toutes les langues. C’est une antique tradition chez les juifs que de prier, de prier à tout moment, quand tout va bien et quand ça le va moins.

Pour revenir à la problématique de ce langage subversif, citons une fois n’est pas coutume Walter Benjamin qui réfléchit sur l’épisode biblique où Adam nomme les animaux dans le jardin d’Eden : « La dénomination adamique est si loin d’être un jeu ou une opération arbitraire que c’est elle précisément qui définit comme tel l’état paradisiaque, où il n’est pas besoin de se battre avec la valeur de communication des mots » (Œuvres I, p. 26 en note). Effectivement,  le verset dit : « tout ce qu’Adam nommait, l’âme de vie, c’est son nom » (Gen 2, 19) ; autrement dit, Adam a nommé les choses telles qu’elles étaient, sans écart ni décalage, dans l’objectivité et la précision. « Ce qu’il a nommé, c’était cela le nom que l’animal portait en lui ! ». Sortir de l’Eden, c’est ne plus nommer les choses en tant que ce qu’elles sont. Le traitement des médias – qui sont un élément essentiel d’incitation à la haine et à la violence -  nous rappellent, si nécessaire, que nous sommes loin, très loin, si loin, du jardin d’Eden où le langage exprimait une réalité.  Il est temps que le monde ouvre le livre des Paroles.

Chabbat chalom!

Rabbin J MILEWSKI

LE WORT DU RABBIN MILEWSKI : PARACHAT MASS’EY

Chers amis,

Imaginons un particulier qui vend un litre d’huile à son voisin. Il dispose d’un verre gradué jusqu’à deux litres. Il remplit donc ce récipient  jusqu’à la hauteur  indiquant un litre. Puis, il verse l’huile dans un récipient qui  appartient à son voisin. Quand l’huile a été transvasée et que le jet s’est arrêté, notre particulier doit encore attendre que trois gouttes d’huile tombent, sans quoi ce n’est pas un litre qu’il aura vendu mais un litre moins trois gouttes, gouttes qui seraient restées collées aux parois du verre gradué. La Michna de Baba Batra (87a) qui rapporte cette modalité ajoute que la loi est différente pour un marchand professionnel qui est dispensé d’attendre que les trois gouttes d’huile tombent. En effet, celui-ci est bien occupé à servir les clients et il ne dispose pas de fait du temps nécessaire à attendre patiemment que tombent les trois dernières gouttes. Ceci fait,  dès lors,  partie des conditions même de la vente ; les acheteurs le savent, l’acceptent, l’entérinent, renoncent aux trois gouttes de jure et de facto.

La droiture que la halakha porte en elle est littéralement édifiante. Il importe de réfléchir sur ces trois gouttes qui apparaitront certainement à plus d’un comme insignifiantes, totalement négligeables, sans la moindre importance. Oui mais voilà, pour le judaïsme, un litre d’huile c’est un litre et non un litre moins trois gouttes. D’où la décision halakhique qui en découle.

Chabbat chalom à tous!

Rabbin J. Milewski

LE WORT DU RABBIN MILEWSKI : PARACHAT MATTOT

Mes chers amis,

Un Maître en Israël n’est pas seulement celui qui enseigne c’est-à-dire celui qui apporte de nouvelles connaissances. Il est parfois celui qui met de l’ordre dans l’esprit de ses disciples, c’est-à-dire qu’il bouscule leur pensée et l’ordonne convenablement. Une illustration parfaite de cela se trouve dans notre sidra : les hommes des tribus de Gad et Reouven déclarent à Moché leur désir de ne pas traverser le Jourdain, leur souhait de s’établir sur la rive droite du fleuve. Ces territoires convenaient parfaitement aux troupeaux nombreux qu’ils possédaient : « Ils approchèrent [de Moché] et dirent : nous bâtirons ici des enclos de menu bétail pour nos troupeaux et des villes pour nos enfants » (Bamidbar 32, 16).

Ils ne s’en rendent peut-être pas compte, mais ils se préoccupent d’abord de leurs troupeaux, puis de leurs enfants puisqu’ils parlent en premier lieu d’édifier des enclos, puis seulement après des villes pour leur progéniture ! Ceci fait un peu penser aux gens qui privilégient leur carrière professionnelle par exemple au détriment de l’éducation juive qu’ils devraient dispenser à leurs enfants.

Dans l’énoncé de l’arrangement prévu entre Moché et ces tribus, le prophète inverse les termes de la proposition ; il remet de l’ordre : « Construisez pour vous des villes destinées à vos enfants et des enclos pour vos troupeaux » (Bamidbar 32, 24). Moché recadre l’ordre des priorités… Et ce sont les enfants des tribus de Gad et Reouven qui en sont les grands gagnants.

Chabbat chalom à tous !

Rabbin Jacky Milewski

LE WORT DU RABBIN MILEWSKI – 17 TAMOUZ

Mes chers amis,

L’un des malheureux épisodes de l’histoire juive remémoré à l’occasion du jeûne du 17 tamouz remonte à l’époque biblique où le roi Menaché installa une idole dans le Sanctuaire de Jérusalem (Taanit 29b). La remémoration constitue un appel à la réflexion et à l’action dans le monde d’aujourd’hui, sans quoi elle resterait stérile.

Au-delà de la profanation du Temple, se produit ici une subversion dangereuse pour le judaïsme. Le Temple n’est pas détruit ; le Sanctuaire est là, debout ; mais l’esprit qui y règne est étranger à la Torah. La maison de prière se présente majestueusement mais en son cœur réside un culte qui n’est pas celui de la tradition juive. C’est en cela que la profanation est perverse. Ceci me fait penser à ces boulangeries ou restaurants non kachers présentant une belle maguen David sur leur devanture. Le cadre semble juif mais non son intérieur.

Le judaïsme relève d’une catégorie de vie dont la profondeur ne saurait se satisfaire de murs ornés par des symboles juifs alors que l’espace intérieur cultive d’autres préoccupations que le judaïsme en tant que tel. Jeûner le 17 tamouz, c’est aussi enlever l’idole du Sanctuaire.

Que l’on n’entende que de bonnes nouvelles !

Rabbin Jacky Milewski

LE WORT DU RABBIN MILEWSKI : PARACHAT PIN’HAS

Mes chers amis,

Le jour du chabbat, la Torah défend de réaliser des actes qui intègrent le processus de la fabrication de vêtement. Ainsi, il est par exemple interdit de coudre, de mêler des fils  ou de tisser durant le chabbat.

Mêler des fils de sorte à en faire une entité unique, c’est les enchevêtrer, les lier de façon inextricable (sans quoi il n’y a plus de vêtement). Chaque fil se fond dans la masse des fils. C’est en quelque sorte la représentation du sacrifice de l’individu (les fils séparés et distincts) sur l’autel de la collectivité. A l’époque messianique à laquelle renvoie le chabbat, chaque individu pourra s’épanouir en tant que tel. Dans son ouvrage Tal ‘Hermon (p.311), leRav S. Aviner développe cette idée de façon très originale. Il cite un verset qui décrit l’époque messianique comme étant l’époque où « chacun sera sous sa vigne et sous son figuier » (I Rois 5, 5). Pourquoi ces deux arbres ? L’évolution de la vigne n’est en rien comparable à celle du figuier. En effet,  les figues ne mûrissent pas toutes ensemble mais chacune à sa vitesse, chacune à sa cadence, chacune à son rythme alors que les raisins d’une vigne mûrissent tous ensemble. La vigne représente donc la plénitude de la collectivité alors que le figuier symbolise la plénitude de chaque individu.  En tant que préfiguration messianique, le chabbat est le temps de l’harmonie tant pour l’individu que pour la collectivité

Au jour du chabbat donc, le juif ne tisse pas de tissus car il s’occupe à tisser des cantiques pour D.ieu, comme le clame le Chir haKavod, récité le chabbat, « Je chanterai de beaux cantiques et je tisserai des chants (vechirim éérogue) car mon âme aspire à Toi ». Les mots que le poète juxtapose de sorte qu’ils s’emmêlent et deviennent inséparables, à l’instar d’un vêtement, forment comme un manteau posé sur D.ieu, pour nous aider à mieux appréhender Sa réalité transcendant la matière. Le poète tisse des lettres et des mots qui offrent de la chaleur aux âmes qui ont froid.

CHABBAT CHALOM A TOUS!

Rabbin J. Milewski

LE WORT DU RABBIN MILEWSKI : PARACHAT BALAK

Chers amis,

Les hommes que Balak, roi de Moav, envoie à Bil’am pour lui demander de maudire les enfants d’Israël sont désignés par la Torah par le terme « sar », prince, ministre (Nb 22, 9- 14-15). Au cours de la négociation qui s’établit entre Bil’am et ces hommes, se produit comme une transformation relationnelle puisque le texte biblique parle des mandataires de Balak en tant « ‘avdé Balak », « serviteurs de Balak » (22, 18) : « Bil’am rétorque et dit aux serviteurs de Balak… ». Comment expliquer ce glissement de langage ?

Le Rav Y. L Stern de Raschi Schule (Sifté Yehouda p. 92) dévoile un travers qui menace les hommes et dans lequel Bil’am a sauté des deux pieds : quand un homme perçoit qu’autrui a besoin de lui, qu’il devient donc dépendant de lui, il risque de regarder de haut celui qui lui demande de l’aide, de le considérer dans un rapport hiérarchique. Et ainsi, le « prince » devient « simple serviteur ».

Grâce à cet éclairage du Rav Stern, on comprend que plus tard, au verset 21, la Torah relate que Bil’am « s’en alla avec les princes de Balak » ; ils ne sont plus de simples serviteurs, ils sont redevenus des personnages importants car Bil’am a à présent besoin d’eux pour le conduire chez leur maître qui doit lui verser une belle fortune pour le service qu’il s’apprête à rendre au roi de Moav…

Chabbat chalom à tous!

Rabbin J. Milewski