Cycle cours Institut Elie Wiesel 3

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09 février 2017Posté par : alexis(0)Commentaires

Juifs et Musulmans à travers l’histoire

Enseignante: Joëlle Allouche Benayoun, Docteur en psychologie sociale, Maître de conférences, Chercheure au CNRS (Groupe Sociologies, religions, laïcités)

Ce cours se propose d’analyser les relations entre la minorité juive et la majorité musulmane à partir de l’exemple de l’Algérie, avant et après la conquête française (1830).

 On a souvent décrit le sort des Juifs à l’époque précoloniale selon la manière orientaliste : l’Algérie aurait été un territoire de l’harmonie, mêlant, dans le partage des habitudes, le Juif et le Musulman, terre d’« entente millénaire » entre les deux composantes religieuses de la société algérienne.. La réalité est-elle celle-là ? On relève bien sûr que les Juifs et les Musulmans s’inscrivent dans le même tissu civilisationnel, mais les témoignages abondent qui montrent bien que les Juifs sont collectivement – sans préjudice certes des relations entre individus – tenus dans un mépris général qui peut parfois, comme il est arrivé avec le massacre d’Alger en 1805, alimenter des faits d’extrême violence. Saisi à l’époque par le spectacle de leur malheur, William Shaler, consul des Etats-Unis en Algérie, a ce mot : Les juifs d’Alger sont les restes les plus malheureux d’Israël.

C’est au statut de la dhimma qu’il faut rattacher la situation d’exclusion dans laquelle se tient, avant l’arrivée des Français, cette petite minorité de quelque 13 000 âmes. La dhimma fixe les Juifs, selon la distinction de Max Weber, dans la double position d’un peuple hôte et d’un peuple paria.
Hôte ? Les régimes musulmans établis en Algérie n’ont pas eu, sauf dans certaines conjonctures comme sous le gouvernement des Almohades, le fétichisme de l’unité absolue. Ils se sont montrés généralement accueillants aux adeptes des autres « religions du Livre » : dans la sphère cultuelle, les Juifs peuvent pratiquer leur culte, avoir leurs synagogues, leurs cimetières, leurs rabbins. Dans la sphère politique, les Juifs disposent de leur propre organisation communautaire, et s’administrent selon leur droit propre, dans le domaine en particulier de l’alliance et de la filiation (mariage, héritage, succession). Leurs litiges sont jugés par des tribunaux rabbiniques, sauf lorsqu’ils les mettent aux prises avec un musulman.

Mais peuple paria ? Parce qu’ils ont refusé de se convertir, témoignant ainsi de leur impureté, les Juifs doivent camper aux marges de la cité. Certaines des discriminations qui les frappent sont économiques. On leur refuse de posséder une terre, ce qui les conduit à exercer, en ville le plus souvent, et dans des quartiers séparés, les métiers moins nobles. Ils sont manœuvres et journaliers, mais aussi chaudronniers, tailleurs, brodeurs, horlogers, tisserands, orfèvres: rien qui puisse les extraire de leur dénuement, d’autant que des taxes spécifiques leur sont imposées. Celles-ci sont recouvrées par le chef même de la nation juive – le moqadem -, qui en reverse le montant, en s’humiliant, à l’autorité musulmane qui l’a désigné. D’autres discriminations relèvent du registre symbolique.

Certes, il est des Juifs qui approchent le pouvoir, et vivent, tels les granas venus de Livourne aux XVIIe-XVIIIe siècles, dans l’opulence, le multilinguisme, et la culture des Lumières, que leur a permis d’acquérir leur position dans le commerce méditerranéen. Ce n’est là cependant qu’une minorité, que sa proximité avec le Dey place aussi dans une certaine insécurité. L’Algérie ottomane fonctionne pour les Juifs, selon une double modalité d’assujettissement : elle les soumet à la loi rabbinique dans leurs affaires intérieures, à la loi musulmane dans leurs relations extérieures. C’est ce schéma que la présence française va venir briser.

5 Séance(s):

MARDI 28 FEVRIER 2017 de 18H30 A 20 H

MARDI 7 MARS 2017 de 18H30 A 20 H

MARDI 14 MARS 2017 de 18H30 A 20 H

MARDI 21 MARS 2017 de 18H30 A 20 H

MARDI 28 MARS 2017 de 18H30 A 20 H

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