Berechit

Cha'harit : Indisponible | Min'ha : Indisponible

14 octobre 2015Posté par : raphael

BERECHIT

Chers amis,

Elaborer une bonne conscience se définit comme une démarche psychologique qui justifie le mal commis : « C’est vrai, on n’a pas fait les choses en règle mais c’était pour la bonne cause ! ». Adam et ‘Hava sont les premiers à se construire une bonne conscience…

Quand, après la faute originelle, D.ieu demande à Adam : « Où es-tu ? », Adam répond : « J’ai entendu (cham’ati) Ta voix dans le jardin, j’ai eu peur (vaaira) car je suis nu et me suis caché (vaé’havé)» (Gen 3, 10).

Ecoutons, avec Rabbi Yera’hmiel Israël Yits’hak d’Alexander (Yisma’h Israël, Chabbat chouva, p. 67) ce qu’Adam a pu se dire dans son inconscient : « Dans le jardin, j’ai écouté Ta voix, chama’ti ète kolekha ; j’ai exécuté ce que Tu m’as dit. Enfin, pas exactement mais ce que j’ai fait, je l’ai fait pour Toi, pour atteindre un niveau de crainte élevé, je l’ai fait pour que je puisse Te craindre, vaaira. En effet, en consommant le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, je pénètre au cœur d’un enjeu moral, le choix entre le bien et le mal, j’entre dans un univers de tension. Et si j’ai agi ainsi, c’est parce que je suis nu, c’est-à-dire dénué de mérite, dépourvu de défi lancé à ma conscience ». Adam est donc un grand tsadik mais un tsadik à ses yeux. D.ieu lui dit ensuite : « Qui t’a raconté que tu étais nu ? », « qui t’a mis ça dans la tête ? La défense de consommer le fruit interdit était largement suffisante pour que tu puisses t’élever ! Ne t’invente pas des histoires ! Non, ce n’est pas pour Moi que tu as fait ce que tu as fait».

Le Rabbi d’Alexander mentionne ensuite un enseignement de Rabbi Bounèm de Pchis’ha qui explique l’argumentation utilisée par le serpent pour convaincre ‘Hava de manger du fruit défendu : « Tant que tu n’auras pas ingéré ce fruit, tu ne jouiras pas du libre arbitre car tu resteras dénuée du mauvais instinct (yetser hara’). Mange donc de ce fruit qui te dispensera la liberté, le choix entre le bien et le mal car ainsi tu pourras avoir conscience du mal, t’en écarter et acquérir bien des mérites !».

Face à cette argumentation, ‘Hava aurait dû protester et répondre au serpent: « La tentation que tu me fais subir en ce moment est en soi un enjeu moral ; je jouis déjà du libre arbitre par le simple fait de t’entendre, je n’ai pas besoin de manger de ce fruit que tu me proposes ». ‘Hava croit l’histoire du serpent car elle a envie d’y croire. Mais son envie se drape de l’ombre de la raison, pire, son désir se drape de l’ombre de la piété.

Adam et ‘Hava se racontent chacun une histoire, une histoire qui recouvre la vraie. Ils nous incitent ainsi à réfléchir sur les histoires que l’on se raconte à soi-même. Ainsi, si on rencontre un homme-serpent qui nous raconte des histoires, on pourra toujours rétorquer qu’on s’est déjà servi…

Chabbat chalom à tous !

A guitn chabess !

Rabbin J. Milewski