Pekoudey

Cha'harit : 09h15 | Min'ha : 20h30

09 mars 2016Posté par : alexis

PARACHAT PEKOUDEY

Chers amis,

La dernière paracha du livre de Chemot décrit l’édification du Sanctuaire dans le désert. En lien avec le thème de l’espace sacré, disons un mot d’un passage talmudique édifiant. La Guemara (Sanhédrin 96b) raconte que lorsque les babyloniens sont entrés à Jérusalem, ils ont passé ses habitants au fil de l’épée. Puis, quand Névouzéradan, général de l’armée, arriva au Sanctuaire (hékhal), il y mit le feu. «Le Sanctuaire s’est [alors] élevé. On le foula du ciel [pour la faire redescendre sur terre]». Cette image de la maison de D.ieu qui s’envole pour échapper aux flammes, et contrainte de redescendre sur terre, est spectaculaire mais surtout elle donne à penser la nature de l’histoire juive.

*Face à l’histoire du peuple juif, histoire ensanglantée, difficile, cible d’hostilité, il pourrait se former dans l’esprit de certains la tentation de l’abstraction intellectuelle. On détacherait le judaïsme de ce qui semble constituer sa vulnérabilité : son rapport avec la terre et l’histoire. On en ferait de ce judaïsme, une pensée, une philosophie, un terreau de valeurs, sans acte, sans rite, sans pratique. Mais telle n’est pas l’ambition de la destinée juive : le Sanctuaire est contraint de redescendre sur terre, à prendre le risque de l’histoire, pour façonner les corps et la matière à la lumière de la Torah. Le judaïsme a vocation de s’inscrire dans le monde, pour l’élever avec lui.

*Il y a dans l’image du Sanctuaire qui s’envole, une autre intention, une autre tentation : celle qui pousse la spiritualité d’Israël à se réfugier au cœur du désert, à fermer les yeux sur le monde, à quitter cette terre de violence où le sang coule sans raison, où la brutalité reste menaçante, béante, blessante. Dans l’image du Hekhal qui quitte la terre, on sent peut-être une désespérance de l’esprit qui n’est pas parvenu à faire taire les armes. Mais le Ciel ne s’accorde pas avec cette idée : l’esprit doit rester sur terre, pour affronter la matière violente, pour construire, pour reconstruire. Le Ciel n’autorise pas à la spiritualité d’Israël de démissionner. Cette spiritualité a besoin de tous!

Un grand chabbat chalom à tous !

A guitn chabess !

Rabbin J. Milewski