Beha’alotekha

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30 mai 2018Posté par : alexis

PARACHAT BEHA’ALOTEKHA

Chers amis,

La sidra relate que D.ieu ordonne à Moché de fabriquer deux trompettes pour appeler l’assemblée (‘éda) et faire voyager le camp (ma’hané). Il s’agira de faire retentir une tekia’ (un son simple) pour rassembler la ‘édaà la porte de la tente d’assignation et une teroua’ (son brisé) pour marquer le départ du ma’hané.

Le Rav J. D. Soloveitchik (Divré haRav p. 50 à 55) explique : les termes ma’hané et ‘éda désignent deux rassemblements, deux collectivités de nature très différentes, voir opposées : le ma’hané résulte d’un besoin ; la ‘éda découle d’une aspiration à incarner un idéal.

Le ma’hané n’est pas le produit de la civilisation humaine. Le monde animal connaît lui aussi ce phénomène. Les membres d’un troupeau ou d‘une tribu se rassemblent quand ils sentent un danger, une menace, quand la frayeur s’en empare. Quand les hommes se réunissent car ils ont peur, c’est une réaction instinctive qu’ils partagent avec le règne animal. Le ma’hané se définit donc comme un rassemblement qui se crée pour parer à un souci pratique, utilitaire. Quand un homme est vulnérable, il a peur, il s’associe aux autres. Le camp militaire porte ainsi le nom de ma’hané. Mais aussitôt le danger écarté, la menace envolée, la frayeur évanouie, le ma’hané se disloque. Il n’existe plus car il n’a jamais existé par lui-même mais toujours par une contrainte extérieure.

La ‘éda, quant à elle, tire sa source de l’esprit de l’homme. Elle est une création typiquement humaine qui ne répond pas à la nécessité de faire face à une force destructrice ; elle est motivée par des facteurs éminemment positifs. La ‘éda rassemble des personnes au passé commun, à l’avenir en partage, embrassés par des aspirations communes, par des idéaux partagés. La ‘éda est un groupement imprégné de la tradition des pères et énonce l’espérance d’une fin salutaire de l’histoire. Elle compte non seulement les vivants mais aussi ceux qui ne sont plus et ceux qui ne sont pas encore.

Souvent dans l’histoire, les juifs constituèrent une ‘éda, connaissant son D.ieu ; une assemblée non suscitée par la crainte d’Amalek ou par une autre frayeur primitive mais une assemblée existant grâce au témoignage (‘éda de ‘édout) porté par ses membres, par la nostalgie d’une vie éclairée par la présence divine, par la conscience de sa destinée sanctifiée par la Torah. Quand les juifs sont habités par leur croyance et leur fidélité, il suffit d’une tekia, d’une simple sonnerie, pour les rassembler. Une parole énoncée par le maître et c’est toute la collectivité qui se présente, disposée à l’écoute et à l’accomplissement de son enseignement.

Mais quand il s’agit de faire avancer un ma’hané, marqué par une communauté de peur ou d’intérêt, et dans le même temps divisé, nourrissant des projets différents, des visions dispersées, des opinions multiples, la tekia’ n’est pas suffisante. Là, c’est la teroua’ qui est convoquée, la teroua’ qui renvoie aux pleurs, aux plaintes, aux gémissements qu’il faut entendre et faire entendre pour faire avancer le ma’hané. Il faut un son coupé, incohérent, brisé, pour éviter à ce ma’hané de ne pas sombrer, quand il est encore possible de lui éviter le naufrage.

Et le Rav Soloveitchik poursuit : le ma’hané – qui se démarque par une certaine puissance – ne peut survivre que s’il se transforme en ‘éda, en assemblée qui se distingue par sa soif de sainteté, par sa soif de Torah.

Chabbat chalom à tous !

J. Milewski